Zachary Richard, toujours batailleur

Le 5e Festival du Film canadien de Dieppe a lieu en ce moment-même (du 22 au 25 mars). Pas moins de 7 films (francophones et anglophones) sont en compétition, parmi lesquels un documentaire absolument éblouissant : Zachary Richard, toujours batailleur.

800px-Zachary_Richard,_Montreal_2013-06-19_-_046.JPGRéalisé par l’Acadien Phil Comeau en 2016, ce film-documentaire retrace l’Histoire tragique du peuple acadien, à travers les pérégrinations du célèbre chanteur cajun Zachary Richard à la recherche de ses racines. Le film, à la fois émouvant et rempli de joie, nous emmène pendant 80 minutes sur les terres des Acadiens, depuis l’ancienne Acadie (ou « Acadie du Nord ») jusqu’en Louisiane (ou « Acadie du Sud »).

Affiche Festival DieppePetit rappel historique : aux temps de la Nouvelle-France, l’Acadie (qui correspond aujourd’hui aux 3 provinces du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’île du Prince Édouard) était une région paisible et prospère. Ses habitants, essentiellement originaires de Normandie, Bretagne et Poitou, étaient parvenus, au fil des générations et avec l’aide des Amérindiens, à bâtir une société agraire dont la richesse suscitait bien des jalousies… Et tout a basculé en 1755, lorsque l’armée britannique, après avoir pris le contrôle de l’Acadie, organisa la déportation systématique de ses habitants (hommes, femmes, enfants). Au cours de ce « Grand Dérangement« , plusieurs milliers d’Acadiens mourront (de faim, de froid, de maladie). Certains parviendront, des années plus tard, à rentrer chez eux sur la pointe des pieds. D’autres feront le choix, à l’image des ancêtres de Zachary Richard, de partir s’installer en Louisiane pour y reconstruire une nouvelle Acadie.

PHIL_COMEAU_film_directorCe film-documentaire de Phil Comeau, lui-même Acadien, résidant à Dieppe (l’autre Dieppe, au Nouveau-Brunswick !) est une magnifique ode à la (sur)vie. C’est finalement une mise en exergue de la résilience d’un peuple qui, sans jamais oublier son Histoire et ses traumatismes, a décidé d’aller de l’avant, contre vents et marées.

À voir ! Absolument !
La prochaine diffusion : le dimanche 25 mars à 14h30 au cinéma DSN (Dieppe Scène Nationale).

Un Louisianais à Tatihou !

En pleine semaine consacrée au monde et à la culture acadienne (cf. « Semaine acadienne à Courseulles-sur-Mer« ), arrêtons-nous un instant sur un très fameux chanteur cadien (prononcez « cadjun ») sur le point de débarquer en Normandie : Zachary Richard.

Né au cœur de l’Acadiane (ou Pays des Cadiens), en 1950, Zachary Richard n’a cessé, tout au long de sa vie et de sa carrière musicale, de faire rayonner la langue française en Louisiane et à l’extérieur. Accompagné de ses musiciens, il continue sans relâche d’arpenter l’Amérique du Nord en faisant vibrer la corde de la richesse et de la diversité culturelle dans un monde en proie à la standardisation.

Avis aux Normands désireux de découvrir ou redécouvrir ce monument de la musique cajun contemporaine : Zachary Richard est en concert sur l’île de Tatihou, le jeudi 18 août, à l’occasion des fameuses Traversées. Un cadre fantastique pour un artiste francophone majeur, et pourtant méconnu en France, qui aura certainement l’occasion d’entonner quelques uns de ses plus grands succès, à commencer par « Travailler c’est trop dur » ou encore « Laisse le vent souffler« .

Rendez-vous sur l’île de Tatihou
Le 18 août, à 16h30

La francophonie en Louisiane : le temps du renouveau ?
De nos jours, on estime qu’environ 200 à 300 000 Louisianais parlent quotidiennement le français. C’est à la fois peu et beaucoup.Après des décennies de brimades et de tentatives d’assimilation, la survie de la francophonie en Louisiane tient en effet du miracle. Durant toutes ces années, les chanteurs, poètes et autres musiciens ont largement contribué à entretenir la flamme de la culture cadienne.
À partir des années 60-70, des personnalités issues du monde économique ou politique commencent tout doucement à réaliser que la langue française constitue un précieux atout pour l’image et, par conséquent, le développement (durable) de la Louisiane. C’est à cette époque que le député James Domengeaux créé le CODOFIL (ou Conseil pour le développement du français en Louisiane).
Panneau_Stop-Arret_en_bilingue_francais-anglaisAujourd’hui, il reste encore beaucoup de travail pour assurer la pérennité et l’épanouissement de la francophonie louisianaise mais les choses avancent. En 2014, le député démocrate Stephen Ortego a, par exemple, fait voter une loi autorisant 22 paroisses (ou comtés) à mettre en place une signalisation routière bilingue. Peut-être verrons-nous bientôt fleurir en Louisiane des panneaux « Stop – Arrêt » comme au Nouveau-Brunswick…