Lettre aux Normands

Chloé Sarah Herzhaft« J’irai construire ma Normandie »
Lettre ouverte aux Normands. Et au Monde.
Cette lettre a été envoyée au journal Le Monde entre les deux tours des élections régionales de décembre 2015.

Les régions, terrain à haute charge passionnelle, entament un nouveau chapitre de leur histoire. Quelques rapprochements, quelques éloignements, de la logique administrative, économique, partout un mouvement de réforme. Mais cela change-t-il quelque chose ? Oui. Et non. Question d’échelle, de temps notamment.
Au regard de l’histoire, millénaire pour certaines, ces changements ne veulent pas dire grand-chose. Les régions ont une identité suffisamment forte pour défier le temps. Mais dans le regard de certains de leurs habitants, ce nouveau tremblement de terre est un évènement, quelque chose qui leur rappelle combien ils aiment et tiennent à leur région. Parfois, cet amour est une évidence, depuis longtemps. Les Corses, les Basques, les Bretons pourraient vous en parler longuement au coin d’un feu universel. Ils se sentent pétris, pour la plupart d’entre eux, l’écrasante majorité d’entre eux, du besoin de mieux connaître leur passé, leurs racines, notamment pour mieux construire, parce qu’il s’agit bien de construction, leurs avenirs.

Vue du Mont Saint Michel

La Normandie vue du Mont Saint Michel.

S’investir pour sa région est une envie qui, si elle n’est pas nouvelle, rencontre un enthousiasme renouvelé. Prenons un exemple discret, celui d’une région aussi peu expansive que le sont ses habitants, la Normandie. Seuls les Normand(e)s, peut-être, savent quelles richesses, quels potentiels immenses patientent autour d’eux.
Quelle est cette Normandie ? Que représente-t-elle pour les Français, les touristes ? Les vaches, la pluie, le si délicat André Bourvil ? Le mot Normandie est un des noms de région les plus connus au monde, depuis le débarquement, depuis plus longtemps pour les historiens du monde entier, depuis plus longtemps encore pour les Anglais et la duchesse de Normandie, Elizabeth II. Une région française c’est un extraordinaire potentiel de développement. Pour ses habitants, pour la France, cette agrégation de terroirs uniques, pour l’Europe. Et le charisme des régions est leur atout premier. Un « Fait en Normandie » séduit, quand il ne se découvre pas un exceptionnel potentiel à l’export. Les Américains, les Chinois connaissent et aiment cette Normandie. Ce sont les mêmes qui aiment la France, ce je ne sais quoi d’exigence et de différence.

Les potentiels des régions sont réels, patients, attendant d’être révélés, valorisés. Les régions changent de frontières ? Peut-être. Mais changeront-elles vraiment en profondeur ? En conséquences ? Ce sont d’abord et avant tout les habitants qui font les régions, ce sont eux les vecteurs de développement, durable, eux qui choisissent, aujourd’hui, d’y investir leur temps et leurs talents. Sous les traits d’un faux paradoxe, ces constructeurs, ces citoyens, tentés par l’initiative, le mieux-vivre, seront, sont déjà les garants d’un monde plus équilibré, mieux localisé, plus serein. Un peu plus d’investissement, de lien humain ? Un tissu économique (re)diversifié, une échelle humaine ? Une conscience affinée de l’importance de l’environnement? Ce sont là les défis d’un présent qui, contrairement à un sentiment généralisé, a tous les moyens, les outils pour (enfin) construire une société équilibrée.

Apprendre à regarder, (re)découvrir ce qui se fait, ce qui existe, ce qui se crée autour de soi, voilà les premières choses à faire. Ce matin, ce soir, ou même demain, décidons de « faire partie ». Plus seulement comme spectateur, consommateur, ou électeur. Notre société civile doit se réinventer, elle se réinvente déjà. Aujourd’hui, ma région à moi c’est la Normandie. Elle sera peut-être autre demain. Mais aujourd’hui, c’est elle, ses innombrables richesses qui sont à ma portée, c’est elle qui m’invite à chercher et à trouver le moyen de vivre, donner du sens, de me faire une place. Une vieille chanson, bien connue des Normands, explique que c’est quand on quitte sa Normandie qu’elle nous manque, fort. C’est vrai, c’est le mouvement, un certain déséquilibre, un changement de perspective qui nous fait réaliser, souvent, la valeur de choses que l’on ne voyait plus. Regardons autour de nous, l’œil neuf, observons ce qui est à faire. Nos régions changent de frontières ? Ce n’est pas cela qui leur donnera corps. C’est nous. Construisons ! Faisons partie de ce monde. Nos régions vivent. Vive nos régions. Tous dehors !

Chloé S. Herzhaft
Formatrice spécialisée autour de la citoyenneté du XXIème siècle,
historienne et co-créatrice de la Fête Des Normands.

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