La Normandie … avant la Normandie

affiche-juliobonales-2017Il y a un mois, la ville de Lillebonne (76) célébrait son passé gallo-romain, magnifiquement incarné par les restes de son fameux théâtre, à travers le Festival des Juliobonales. Un très agréable moment, tous les commerçants de la ville s’y sont mis, jusqu’à la boutique Optique 2000 rebaptisée pour l’occasion « OPTICUS MM ».

Ces journées festives auront notamment permis de mettre en lumière une Histoire assez méconnue, occupant une place plus que restreinte dans l’imaginaire collectif. Quand on pense à la genèse de la Normandie, c’est souvent la figure tutélaire de Guillaume le Conquérant ou bien celle de Rollon qui arrive à l’esprit. Comme si la région avait été fondée de toutes pièces par les Vikings. Pourtant, la Normandie, en tant qu’entité territoriale spécifique, existait déjà depuis longtemps … sous d’autres noms.
« Petit » retour en arrière ! Prêt Marty ?

Et voilà ! Nous sommes au début du Ier siècle de notre ère, sous le règne de l’empereur Auguste. La Gaule, intégralement conquise depuis déjà quelques décennies, est alors (ré)organisée par un double découpage administratif :

  • premier échelon : la cité. Attention, au sens antique du terme, la cité ne renvoie pas seulement à la ville mais aussi à l’ensemble de son arrière-pays. La plupart des cités gallo-romaines avaient ainsi grosso modo la taille d’un département, parfois moins, parfois plus. Pragmatiques, comme souvent, les Romains se sont généralement appuyés sur les frontières des anciennes « nations » gauloises pour procéder au découpage.
  • deuxième échelon : la province. Administrées par un gouverneur, censé représenter le pouvoir central, les provinces regroupent plusieurs cités (de même que nos régions regroupent plusieurs départements). Soucieux de rationaliser l’administration de la Gaule romaine, Auguste la divise en trois grandes provinces (Aquitaine, Lyonnaise, Belgique) auxquelles il faut ajouter la Narbonnaise intégrée au monde romain depuis plus longtemps.

Gaule-Auguste

Et la Normandie dans tout ça ? Justement, on y arrive (patience). Avançons un peu dans le temps. Nous voilà arrivés au tournant des IIIe et IVe siècles, sous le règne de l’empereur Dioclétien. À l’époque, la situation n’est pas brillante : l’Empire vient de traverser une longue période de guerre civile, la population baisse, les barbares commencent à poser problème, sans oublier les tensions religieuses… Pour assurer une meilleure gestion du territoire, Dioclétien mène alors une vaste réforme territoriale, découpant les anciennes grandes provinces en provinces plus petites (donc plus faciles à contrôler). La Lyonnaise, par exemple, est divisée en quatre. Pour les noms, on ne se casse pas la tête : Lyonnaise I, Lyonnaise II, Lyonnaise III, Lyonnaise IV. ET VOILA ! Nous y sommes. C’est précisément la Lyonnaise II (ou Lugdunensis Secunda) qui nous intéresse.

Observez la carte… ça ne vous rappelle rien ?
LugdunensisIIEt oui, c’est bien la Normandie … avant l’heure. Les délimitations n’ont quasiment pas bougé. On peut dire que la Normandie, en tant qu’ensemble territorial, est née au tournant des IIIe et IVe siècles … sous le nom de Lyonnaise Seconde. Pas moins de 9 cités la composent initialement : la cité des Calètes, celle des Véliocasses, des Éburovices, des Lexoviens, des Ésuviens, des Viducasses, des Baïocasses, des Unelles et des Abrincates. Encore une fois, ces noms ne vous rappellent rien ? Certains d’entre eux sont à l’origine de notre toponymie urbaine entre autres. Les Éburovices par exemple ont laissé leur nom à Évreux, les Lexoviens à Lisieux (et au Lieuvin), les Abrincates à Avranches (et à l’Avranchin), les Baïocasses à Bayeux (et au Bessin)… Quant aux Calètes, il est probable qu’ils aient laissé leur nom au Pays de Caux (à moins que le nom fasse référence à la chaux…).

Et après l’effondrement de l’Empire ? Quid de la Seconde Lyonnaise ?
Et bien la province créée par Dioclétien se maintient, comme toutes les autres d’ailleurs, grâce à l’Église. Et oui, tout ne disparaît pas à la chute de Rome. Bien au contraire. L’Église naissante a bien pris soin de se doter d’une solide administration territoriale, calquée sur le découpage provincial et citadin de l’Empire romain. Chaque cité était ainsi administrée par un évêque, et chaque province par un archevêque (ou évêque métropolitain). Après la disparition de l’Empire, la Lyonnaise II (qui n’a plus rien à voir avec Lyon depuis longtemps) devient la province ecclésiastique de Rouen. Quelques grandes figures des temps troublés de l’époque mérovingienne sont passées par là, à l’image de Saint Prétextat ou Saint Romain.

Bayeux_Tapisserie-GuillaumeEt puis, et puis… Çà y est ! Le moment que vous attendiez tous est enfin arrivé : LES NORMANDS DÉBARQUENT ! Bon, la suite on la connaît : le roi Charles le Simple, par le Traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), accorde le comté de Rouen au chef Rollon qui, dans la foulée, se fait baptiser par l’archevêque Francon. Et oui, attention, Rollon est bien le fondateur de la glorieuse lignée des ducs de Normandie mais il n’a jamais été duc lui-même, il n’était « que » comte de Rouen (c’est-à-dire qu’il ne contrôlait officiellement qu’un territoire correspondant à peu près à l’ex-Haute-Normandie). Ce sont ses successeurs, à commencer par son fils Guillaume Longue Épée, qui ont élargi leur territoire vers l’ouest, prenant ainsi le contrôle de l’ensemble de la province ecclésiastique de Rouen. L’opération est habile : en plus d’étendre leur influence, les descendants de Rollon s’évitent ainsi tout risque de divergence politique, en faisant coïncider les frontières politiques avec les frontières religieuses. Et voilà, cette fois-ci, le duché de Normandie, coulé dans le moule de l’ex-Lyonnaise II, entre en scène. Un nouveau chapitre s’ouvre; une nouvelle civilisation, constituée d’un socle gallo-romain enrichi d’apports francs puis nordiques, est née.

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