Des Indiens aux accents … normands !

Alors ça !…
Voilà une bien charmante anecdote historique qui va nous emmener loin, très loin d’ici, de l’autre côté de l’Océan, sur les bords du lac Huron, en compagnie d’un certain Alexis de Tocqueville.

Nous sommes en 1831. Le futur essayiste (qui d’ailleurs n’a pas fini de nous éclairer) parcourait alors les États-Unis, avec son ami Gustave de Beaumont, pour étudier le système pénitentiaire américain. Pourquoi ne pas profiter de ce voyage pour partir à la découverte de « l’Ouest sauvage » ? Nos deux « explorateurs » français font donc appel à des Indiens pour les guider à l’intérieur du pays.

alexis-de-tocqueville-4-sizedEt puis un beau jour, alors que l’équipée s’apprête à monter dans un canoë, c’est la surprise ! Divine surprise.
« N’allez pas trop vitement, y en a des fois qui s’y noient« , s’exclame le nouveau guide avec un très fort accent du Cotentin. Il n’en fallait pas plus pour interpeler M. de Tocqueville, lui-même issu de la vieille noblesse normande.
Et l’Indien de continuer : « Allez-y, dame oui ! Un grand gars comme vous, ça n’a point peur« .
Tocqueville, laissé sans voix, finit par reprendre ses esprits.
« – Qui êtes-vous donc ?, lui demande-t-il. Le français semble être votre langue et vous avez l’air d’un Indien« .
Je suis un Bois-Brûlé, lui répond le guide.

Un Bois-Brûlé, c’est-à-dire un métis, né d’un père Canadien (francophone) et d’une mère amérindienne. En effet, dans ce qu’on appelait autrefois la Nouvelle-France, les unions entre coureurs des bois français et jeunes Indiennes n’étaient pas rares. Au contraire. Tout au long des XVIIe, XVIIIe et même au XIXe siècle, les deux populations entretenaient des rapports particulièrement étroits. De véritables communautés de métis ont ainsi fait leur apparition, notamment vers l’ouest, entre les Grands Lacs et le Manitoba*.

Mais quel rapport avec l’accent normand ? Un grand nombre de Canadiens sont tout simplement originaires de Normandie. Les ports de Dieppe, Le Havre, Honfleur ou encore Cherbourg étaient les portes d’entrée du Nouveau Monde. Il n’y a qu’à jeter un œil aux principaux noms de famille québecois pour s’en rendre compte…
Croiser un métis amérindo-canadien parlant français avec un accent du Cotentin au tournant des XVIIIe – XIXe siècles n’avait donc rien d’extravagant… Mais quand même, si Tocqueville ne l’avait pas vécu et raconté…

Louis_Riel*L’un des Métis les plus célèbres est sans doute Louis Riel (1844 – 1885). Ce dernier est resté dans l’Histoire pour avoir mené deux grandes mouvements de résistance, dans le Manitoba et le Saskatchewan, contre les autorités britanniques. Pour protéger les droits et la culture des Métis, il est même allé jusqu’à constituer un gouvernement insurrectionnel qui lui vaudra une fin tragique. « Il sera pendu, même si tous les chiens de Québec aboient en sa faveur« , trancha alors le premier ministre John A. MacDonald. Aujourd’hui encore, Louis Riel est considéré comme le Père fondateur du Manitoba !

Quelques références :
– Christine KERDELLANT, Alexis ou la vie amoureuse du comte de Tocqueville, Robert Laffont, 2015.
– Gilles HAVARD et Cécile VIDAL, Histoire de l’Amérique française, Champs Histoire, 2014.
– Auguste-Henri TRÉMAUDAN, Histoire de la nation métisse dans l’Ouest canadien, Les Éditions du Blé, 1979.

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